Comptoir de la Main d'Or
Arnaud Rist
Au faubourg de la Chine
Au faubourg de la Chine
A Paris 11e
Au faubourg de la Chine

Dans son atelier, Arnaud Rist, l'ébéniste le plus chinois du faubourg Saint-Antoine, a sélectionné en connaisseur des meubles classiques Ming, en bois précieux, qu'il a rapportés pour nous de Shanghai.

Ebéniste pendant vingt ans, Arnaud Rist, fabriquait, restaurait de beaux meubles dans le faubourg Saint-Antoine. (...) C'est au hasard d'un livre sur les meubles Ming qu'il comprit que sa nouvelle voie le mènerait jusqu'en Chine : «Ce fut un véritable coup de foudre, autant sur le plan esthétique que professionnel. Ces meubles incarnent l'élégance, la perfection absolue de cet âge d'or du mobilier classique chinois de la dynastie des Ming, surtout vers 1520. Je ne choisis jamais des antiquités trop typées "chinois". je préfère les formes racées et sobres, vraiment simples et parfaites sans sculpture compliquées.»
Chez lui, dans son atelier, vous ne trouverez que des bonnes copies Ming du XIXe siècle. On le voit aussitôt à leurs bois «les meilleurs en ébénisterie» c'est-à-dire durs, lourds, patinés, soyeux qui semblent détenir force et sagesse. «C'est souvent du ju mu, (du bois de ju), un arbre du sud de la Chine, disparu aujourd'hui.
Une copie Ming récente, et vite vieillie - et il y en a beaucoup - serait en orme, un bois plus doré.»


La sagesse des bois
Les Ming ne supportaient que les meubles en bois précieux. Les plus riches s'offraient du bois de huanghuali (fleur jaune de poirier), bois noir, bois spécifique de l'île Hainan. Buis, zitan, bois de rose aussi leur plaisaient. Les «gens simples», eux, avaient des meubles en ginko. Les meubles Ming recèlent de nombreux secrets de fabrication, d'astuces, qu'Arnaud Rist, en amateur éclairé, sait décrire : là, un petit loquet qui sert à bloquer les portes d'une armoire, ici, un panneau de buffet qui se retire pour mieux être nettoyer, ou encore un assemblage ingénieux, des proportions respectant le nombre d'or. «Pour les Ming, l'esthétique a toujours sa raison d'être. Le purement gratuit est sans intérêt.» Des préceptes repris plus tard par les architectes Mackintosh, Le Corbusier et bien d'autres...
Arnaud Rist ne se fournit par chez les importateurs européens. Il va sur place, près de Shanghai, dans le haut lieu du meuble distingué chinois. Et là, on ne peut le tromper. Il connaît le bois et ses réactions. Il achète chez un ébéniste local qui les restaure là-bas dans les règle de l'art : «Et puis à Paris, je ne peux pas me permettre que ces meubles aient des problèmes. Dans mon atelier, je les ausculte, et après en quelque sorte je les "comprends". Le bois fait savoir s'il se plaît là où il est. Je le contrôle. Je le soigne. Je le nourris.» Ainsi il propose des meubles en bonne santé à des prix bien étudié.

Guillemette Racine
Art & Décoration Juillet-Août 1998 - Paris Ile-de-France.