Comptoir de la Main d'Or
Arnaud Rist
Entretien avec Arnaud Rist
Entretien avec Arnaud Rist
Né à Paris en 1953, Arnaud Rist suivra des études d'architecture. Il voue un intérêt certain à cette discipline. Pourtant, le fait de ne pas maîtriser seul les volumes, l'abstraction inhérente aux tracés et aux plans, l’amèneront à se tourner vers un domaine plus concret.

Se précise le désir de construire, de réaliser par lui-même, en travaillant à une échelle plus palpable : il décide alors de suivre une formation d'ébéniste. Après les années d'apprentissage, il ouvre son propre atelier et se spécialise dans la restauration de pièces maîtresses du mobilier européen du XVIIIe siècle, réalise des prototypes pour des designers, forme des apprentis, travaille avec des confrères...

Ebéniste spécialisé dans la restauration de meubles d’art depuis toujours, en réaction à ce qu’est tristement devenue l’ancienne cité artisanale du Faubourg Saint-Antoine, Arnaud a cherché une nouvelle voie qui saurait nourrir son expérience et ouvrir à son activité d’autres perspectives.
 
 « J’ai opté pour ce rêve du monde universel, rêve qui caressait déjà les esprits au début du XIXe. Alors assez naturellement, j’ai pensé à l'immense Chine, civilisation ancestrale, peuple d'Artisan nés.
Ici, les goûts ont évolué, la clientèle a délaissé les beaux meubles en marqueteries sophistiquées de nos Grands siècles pour se tourner vers un mobilier chargé d’histoires venues d’ailleurs, reflet d’une mondialisation entrée dans notre culture».

Ming (1368-1644)
Vivement intéressé par le mobilier Ming (1368-1644) aux proportions toutes d’équilibre et d’harmonie, aux lignes épurées, fabriqué de bois nobles dont la veine évoque des paysages propices à la contemplation, il apprend qu’à partir de la fin du XVIIIe siècle, les Lettrés lassés par le caractère trop chargé du mobilier Qing (1644-1911), ont demandé aux ébénistes chinois de revenir au style Ming.
 
Qing (1644-1911)
Honorant ainsi le travail du maître, ils ont réalisé d’excellentes productions alliant ces deux qualités majeures :
raffinement classique, et originalité élégante.
« De mon premier voyage j’ai rapporté une collection variée de meubles antiques, racés, sobres et étonnamment modernes, révélant toutes les règles d'or d'un mobilier aux assemblages ingénieux, mettant en œuvre des bois nobles dont le dessin, subtilement choisi, est à l'image de la perfection poétique de la nature ».


Il a modifié la distribution de ses locaux, libérant un large espace destiné à présenter ses collections et, dans une pièce voisine, il a installé son atelier où il peut effectuer la restauration, apporter sa finition, sa signature.
 
« A la différence des importateurs de masse, l’idée originale du concept que je propose consiste à mettre en application mon métier d'ébéniste comme clé de voûte d’une garantie d’excellence ».  

 
 
 
Dès son premier voyage en Chine en 1997, cet homme avisé choisit des meubles et objets de la meilleure facture, affinant à chaque voyage sa sélection.
 
 
 




 
 
« Au cours de mes voyages,  j’ai noué avec mes interlocuteurs chinois une relation de confiance basée sur la reconnaissance professionnelle. Les chinois sont d’excellents artisans mais ils ne savent pas restaurer dans le sens de la conservation historique. Devant un meuble ancien dont il manque un côté par exemple, ils vont garder uniquement la façade, là où je m’attacherais à sauver tout ce qui peut l’être. C’est ainsi que j’ai trouvé sur place des professionnels attentifs à mes conseils en matière de restauration et su créer un climat de « business éclairé » transparent quant à l’authenticité des pièces que j’importe».
 
Dans un marché qui se dégrade petit à petit, il s’élève contre cette mode qui propose un peu partout du mobilier asiatique importé en quantité, de qualité médiocre et d’une authenticité contestable.
 
«  J’ai d’abord été effrayé de voir la Chine après d’autres pays d’Asie, pillée peu à peu de ses greniers dans le seul souci de répondre à une demande occidentale de dépaysement et de créer un marché économiquement attractif. Ce mobilier mal restauré, constitué de pièces d’ancienneté disparate dilapide ainsi un patrimoine qui finira à la casse tant son état de conservation est aléatoire. Dommage ! 
 
Aujourd’hui, personne ou presque n’y comprend plus rien. Le marché de l’Art Asiatique est à présent complètement désorienté et l’on voit apparaître des meubles incongrus tant par leurs formes, leurs finitions, que par leurs prix. En Chine même, des  « usines » se sont emparées de cette perversion pour se spécialiser dans la fabrication de faux : destinée à tromper le client, si bien que maintenant on trouve un peu partout quantité de meubles faussement anciens.
 
Mon métier d’ébéniste me garde de tomber dans les pièges de ces faussaires. Ce qui m'intéresse est de présenter des pièces anciennes, restaurées dans le respect de leur valeur historique, dans le souci révéler l'âme et la richesse du Mobilier Classique Chinois ».
Les collections, renouvelées régulièrement par ses voyages en Chine sont présentées :
3, Impasse Charles Petit Paris XIe, directement à l'atelier d'ébénisterie : au showroom du 2e étage.
Un lieu authentique et singulier, qui permet de voyager parmi ces beaux meubles, d'en caresser la patine en appréciant la qualité des finitions, conduit par cet antiquaire atypique.
 
M. T.    09/2011